Vue d'ensemble des usages des nappes profondes

Cette page présente une vue d’ensemble des prélèvements d’eau effectués en nappes profondes. Après un bref rappel historique de leur développement, leur distribution géographique et leur répartition entre les grands secteurs d’activité (production d’eau potable, agriculture, thermalisme, etc.) sont décrites.

Historique

Les premiers signes d’une activité humaine en lien avec les nappes profondes se situent à l’époque gallo-romaine avec l’exploitation thermale des remontés naturelles d’eau chaude sur plusieurs sites comme celui de Barbotan, ou la fontaine chaude de Dax. Cependant, les nappes profondes de l’Adour ne sont pas activement exploitées jusqu’aux années 1960, contrairement à d’autres nappes profondes comme celles du bassin parisien ou du bordelais.

Les nappes profondes de l’Adour font l’objet de peu d’études jusqu’aux années 50, lorsque des prospections pétrolières réalisées permettent d’identifier l’opportunité de développer le stockage de gaz dans l’aquifère des sables infra-molassiques.

Avec l’exploration pétrolière et le stockage de gaz, la connaissance du sous-sol est approfondie, révélant la complexité de la géologie du territoire, mais aussi la connaissance des aquifères et en particulier celui des sables infra molassiques. Certains forages de reconnaissance, n’ayant pas trouvé d’hydrocarbure, sont alors conservés et reconvertis pour être exploités pour la production d’eau potable, pour des considérations géothermiques (les eaux profondes étant chaudes) ou plus marginalement pour l’irrigation agricole.

Les décennies suivantes se caractérisent par un développement important de l’exploitation des nappes profondes pour la production d’eau potable à partir de nouveaux forages. C’est surtout dans le nord-ouest du département du Gers et le nord-est du département des Pyrénées-Atlantiques que les acteurs du territoire vont s’intéresser à cette ressource. L’alimentation en eau potable y est en effet relativement fragile, dépendant de petites sources et de cours d’eau dont la qualité est médiocre. À partir des années 1980, le recours aux nappes profondes va donc permettre à de nombreuses collectivités de sécuriser leur alimentation, tant en termes de qualité que de quantité.

Dans les Landes, des forages de reconnaissance pétrolière des années 1970 sont récupérés par le syndicat du Tursan1 (forages de Geaune). Dans le Gers, le syndicat mixte de recherche en eau du nord-ouest du département du Gers est créé en 1985, avec pour objectif la recherche en nappes profondes de nouvelles ressources en eau potable pouvant bénéficier à toutes les collectivités adhérentes (syndicat Armagnac Ténareze, Gondrin, Labarrère, Lauraet, Montréal du Gers et le syndicat intercommunal de Mouchan). Le forage de Gondrin est créé en 1987. Dans les Pyrénées Atlantiques, les forages de Bordes sont réalisés en 1985. Une deuxième vague de forages sera réalisée dans les années 2000 (forage d’Eauze en 2007 par le syndicat Armagnac-Ténarèze). En 2005, le syndicat mixte du nord-est de Pau récupère les forages agricoles de Lespielle et sables infra-molassiques a courbe (300 et 500m) suite à la construction d’une retenue de substitution sur le Gabas (2005). Le syndicat du Tursan récupère le forage de « Geaune 5 » en 2003.

Les autres activités économiques profitent aussi de l’accès à l’eau des nappes profondes dans la seconde moitié du 20ème siècle. Le thermalisme poursuit son expansion et crée d’importantes capacités d’accueil. L’irrigation se développe fortement dans le grand sud-ouest dans les années 80 suite à une série de sècheresses importantes.

1 Au 1er janvier 2018, le syndicat des eaux du Tursan a fusionné avec le syndicat intercommunal des eaux et de l’assainissement du Marseillon pour donner naissance au syndicat des eaux du Marseillon et du Tursan.

Vue d'ensemble des usages

Aujourd’hui, quatre types d’usagers effectuent des prélèvements dans les nappes profondes : les services chargés de l’alimentation en eau potable (AEP), l’agriculture, les établissements thermaux et l’industrie. La figure 1 présente la répartition géographique de ces usages sur le périmètre d’étude. L’état des lieux est réalisé sur la base de l’année 2016.

Les prélèvements AEP sont répartis sur trois départements : les Landes, le Gers et les Pyrénées Atlantiques. Les prélèvements agricoles sont concentrés sur une zone plus restreinte, dans le département des Landes. Les activités de thermalisme quant à elles sont dispersées sur le territoire, dans les Landes et le Gers, et localisées à proximité de structures géologiques particulières (structures anticlinales), favorisant la remontée d’eaux chaudes et chargées en éléments minéraux. Les prélèvements industriels sont peu nombreux, il s’agit principalement de prélèvements pour la géothermie (encadré 2) et pour l’embouteillage d’eaux minérales.

Figure 1 : Répartition spatiale des prélèvements en nappes profondes sur la zone d'étude en 2016, par secteur

Au total, ce sont 24,2 millions de mètres cubes prélevés en nappes profondes sur le territoire en 2016. Ces prélèvements s’effectuent au sein de trois principaux niveaux aquifères : le niveau Éocène, le niveau Paléocène et le niveau Crétacé (dans l’ordre du plus récent au plus ancien). Les aquifères d’âge éocène comprennent d’une part l’aquifère des sables infra-molassiques, exploité dans la partie est du territoire d’étude (à l’est de Hagetmau), et l’aquifère de l’Éocène calcaire (constitué de roches calcaires et non de sables), exploité dans la partie ouest du territoire. La nappe des sables infra-molassiques est la ressource la plus sollicitée, les prélèvements y ont beaucoup augmenté entre les années 70 et 90 (figure 2) et représentent aujourd’hui 41% des prélèvements en nappes profondes sur le territoire (figure 3).

En termes de secteurs d’usage, c’est l’alimentation en eau potable qui représente la majeure partie des prélèvements en nappes profondes, en particulier dans la nappe des sables infra-molassiques où il représente 90% des volumes prélevés (figure 3), suivi du thermalisme et de l’agriculture. Les prélèvements industriels ne représentent que 6% des volumes totaux prélevés ; ils sont principalement réalisés dans le niveau Crétacé. Le détail des volumes prélevés par secteur et par niveau aquifère est présenté dans le tableau 1.

Figure 2 : Historique des prélèvements dans les nappes profondes de l’Adour, par niveau aquifère

Figure 3 : Répartition des prélèvements dans les nappes profondes de l'Adour en 2016, par niveau aquifère2 et par secteur

Tableau 1 : Prélèvements dans les nappes profondes de l'Adour en 2016 dans la zone d’étude, par niveau aquifère et par secteur

Les pages suivantes présentent plus en détails les trois principaux secteurs prélevant en nappes profondes.

Figure 4 : Zones alimentées en énergie par la géothermie à Mont-de-Marsan

Utilisation de l’eau des nappes profondes pour la géothermie à Mont-de-Marsan

La régie des eaux de Mont-de-Marsan dispose de deux forages à 1 800 m de profondeur, dans le Crétacé, qui permettent d’exploiter la chaleur de l’eau profonde pour le chauffage. La température de l’eau prélevée est d’environ 55 à 65°C.

Le premier forage (GMM1) prélève environ 1 Mm3/an, avec un débit de 150 à 250 m3/h ; le deuxième forage (GMM2) prélève environ 200 000 m3/an, avec un débit de 30 à 50 m3/h. Ces deux forages permettent de produire 14 800 MWh, ce qui équivaut aux besoins de 1200 logements individuels. Ils alimentent en particulier la base aérienne, la caserne Maridor, l’hôpital Sainte-Anne, ou encore l’éco-quartier de Peyroust (Figure 4). La géothermie couvre entre 60 et 99% des besoins en chaleur de ses clients.

Pour donner un ordre de grandeur de ce que cette production représente en termes économiques, les 14 800 MWh produits chaque année représentent un chiffre d’affaires total de 0,84 M€/an au prix de vente par la régie (57 € TTC/MWh), et représenteraient près de 2 M€/an au prix de vente moyen de l’électricité (140 € TTC/MWh). Par ailleurs, par rapport à des énergies carbonées, cette production d’énergie géothermique évite l’émission de 3 000 tonnes de CO2 par an.

L’eau est exploitée en circuit ouvert, c’est à dire qu’elle est rejetée en cours d’eau après utilisation et non réinjectée en profondeur. Le puits utilisé était à l’origine un puits de prospection, il n’était donc pas équipé pour réinjecter. Par ailleurs, les connaissances hydrogéologiques n’étaient pas suffisantes pour déterminer si la création d’un nouveau puits pour réinjecter l’eau prélevée pour la géothermie permettrait de rejeter cette eau dans la même nappe. Mont-de-Marsan bénéfice donc d’une dérogation et peut exploiter l’eau pour la géothermie sans réinjection. En contrepartie, il est demandé de valoriser au maximum l’eau utilisée pour la géothermie. Un projet de valorisation des rejets via l’irrigation est prévu sur le plus petit des deux points de prélèvements (300 000 m3/an). L’eau serait valorisée à hauteur de 80 €/ha ainsi irrigué, soit environ 19 000 €/an au total. Des projets restent à développer pour valoriser l’eau du plus gros point de prélèvement géothermal (1 Mm3 restent rejetés dans le milieu).

2 La catégorie « indéterminé » correspond aux prélèvements effectués à proximité du diapir de Dax, pour lesquels il est difficile d’identifier précisément le niveau aquifère sollicité du fait de la structure géologique particulière de la zone, où les différents niveaux peuvent être mis en contact.

3 Ce volume comprend également les prélèvements des thermes de Castéra-Verduzan, ayant lieu dans l’ « intra-molassique » (Cf. page Thermalisme).

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Nappes profondes